INTERVIEW DR MOUSSA ADEN OUBECHE

22 septembre 2026

Paroles d’apprenant : renforcer l’oncologie pédiatrique à Djibouti

À travers une série d’interviews, le GFAOP donne la parole aux médecins qui suivent le Diplôme universitaire de cancérologie pédiatrique (DUCP). Rencontrés lors d’une session en présentiel à Rabat, au Maroc, ils nous présentent leur parcours, les réalités de l’oncologie pédiatrique dans leur pays et leurs projets à l’issue de la formation.

Aujourd’hui, nous partons à la rencontre du Dr Moussa ADEN ABECHE, de Djibouti, en formation d’onco-hématologie à Rabat.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Moussa Aden Abeche, et je suis en dernière année de résidanat ici au Maroc pour devenir hémato-oncologue. J’y suis arrivé en 2021 et je terminerai ma formation début 2027. Je serai ainsi le premier et le seul hémato-oncologue de mon pays pour le moment. Je travaille à l’hôpital hôpital militaire Omar Hassan Ahmed El Bechir, ancien Président du Soudan qui a fait un don à Djibouti pour la construction de cet hôpital.

Quelle est la situation de l’oncologie à Djibouti ?

Aujourd’hui, il n’y a pas de service d’oncologie ni d’hématologie dans mon pays, ni pour adultes ni pour enfants. Nous sommes 1,5 million d’habitants, dont 42% ont moins de 15 ans, mais il n’y a aucune prise en charge oncologique. Les enfants qui sont suspectés d’avoir un cancer n’ont pas  de possibilité de traitement et ils sont aujourd’hui perdus de vue sauf dans le meilleur des cas où ils ont été envoyés à l’étranger quand leur famille pouvait payer. Dans le cas contraire, ils sont décédés.

Nous n’avons aucun protocole de traitement, aucun programme de soins pour l’oncologie.

Mais cette année les choses changent. J’ai commencé à discuter avec le Directeur de mon hôpital et avec les Autorités du pays, pour lancer un projet de construction d’un centre d’oncologie. Rien n’est encore fait à ce stade, mais c’est un projet. Le ministère de la santé et le ministère des armées m’ont donné bon espoir qu’une construction pourrait voir le jour bientôt.

Je termine mon stage fin janvier au Maroc et je retourne à Djibouti : là, je vais travailler pour faire avancer ce projet.

Quels stages avez-vous fait ici au Maroc ?

Ici j’ai commencé par un stage d’hématologie adultes et je suis actuellement en stage à l’hôpital d’enfants de Rabat, pour l’oncologie pédiatrique. Depuis 2021, j’ai eu la chance d’aborder à la fois l’oncologie et l’hématologie adultes et enfants ; cela va me servir pour démarrer un service à Djibouti.

C’est un grand défi pour vous, vous allez être seul médecin compétent et formé sur ce sujet. Allez-vous encourager d’autres collègues, médecins ou infirmiers par exemple, à venir faire cette formation ici à Rabat ?

Oui c’est pourquoi j’ai demandé au Pr Laïla Hessissen de devenir membre du GFAOP. Pour moi, c’est la première porte pour lancer l’oncologie dans mon pays. Je souhaite pouvoir bénéficier de l’appui du GFAOP pour développer ce projet à Djibouti.

Quand je vais rentrer, je vais bien sût encourager d’autres collègues à faire ce DU. J’en parle beaucoup autour de moi, à des amis, des collègues, des personnes de l’hôpital et des responsables liés aux Autorités de Djibouti.

Parce qu’il est essentiel de faire avancer la formation. Par exemple, récemment, un neurologue de Djibouti m’a envoyé le dossier d’un enfant chez qui on suspectait un cancer. L’hôpital m’a envoyé un résultat d’examen anatomopathologie qui montrait une suspicion de Lymphome de Burkitt. L’enfant avait une paraplégie. Quand j’ai lu les résultats d’examens, j’ai demandé à avoir plus d’informations sur le patient. Mais quand ils sont revenus vers moi, c’était trop tard : l’enfant était décédé. Il avait 14 ans.

On ne peut pas rester insensible devant ce type de malheur. C’est trop difficile quand il y a une population entière de 1,5 millions de personnes et aucun médecin pour soigner les cancers !

Moi je me dis : « Est-ce que toi tu vas aller travailler en France avec ton diplôme et laisser ta population sans rien car il n’y a pas de plateau technique à Djibouti ? Ou tu vas prendre la grande responsabilité de te battre pour créer une unité d’oncologie ? ». Moi j’ai choisi la deuxième option et je vais voir ce que je peux faire. Je vais essayer …

 

Et bien nous vous souhaitons un grand succès pour cette future Unité d’oncologie adultes et enfants à Djibouti !

👏 Merci au Dr Moussa Aden Abeche pour son témoignage et son engagement en faveur des enfants atteints de cancer.

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https://www.gfaop.org/cancers-de-lenfant-en-afrique-la-formation-change-dechelle-ducp