INTERVIEW DU DR PIERRE MARY

22 septembre 2026

Paroles d’enseignant : la chirurgie, un pilier du traitement des cancers pédiatriques

À travers une série d’interviews, le GFAOP donne la parole aux professionnels qui participent au Diplôme universitaire de cancérologie pédiatrique (DUCP), rencontrés lors d’une session en présentiel à Rabat, au Maroc.

Aujourd’hui, nous partons à la rencontre du Dr Pierre Mary, chirurgien orthopédiste pédiatre à l’Hôpital Armand-Trousseau, à Paris.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis enseignant et chirurgien orthopédiste pédiatre depuis près de quarante ans. Depuis une vingtaine d’années, je suis plus particulièrement spécialisé dans la prise en charge des tumeurs osseuses et des tissus mous de l’appareil locomoteur.

J’exerce à l’Hôpital Armand-Trousseau et je travaille en collaboration avec les équipes d’oncologie pédiatrique de Trousseau et de l’Institut Curie.

Quel est votre rôle dans le DUCP ?

Mon rôle est de présenter aux participants les grands principes de la chirurgie des tumeurs pédiatriques, de leur transmettre les règles essentielles à respecter et de rappeler que la chirurgie occupe une place indispensable dans la prise en charge de nombreuses tumeurs.

Quelle est la place de la chirurgie dans le traitement des tumeurs pédiatriques dans les pays à revenu élevé ?

La chirurgie intervient dans la prise en charge de la quasi-totalité des tumeurs solides pédiatriques. Lorsqu’elle n’est pas réalisable, d’autres traitements, comme la radiothérapie, peuvent être envisagés. Elle constitue donc une étape essentielle du parcours thérapeutique.

Cette promotion du DUCP ne compte qu’un seul chirurgien. Comment l’expliquez-vous ?

Même en France, la chirurgie des tumeurs pédiatriques concerne peu de patients. Or, pour acquérir et maintenir une véritable expertise, un chirurgien doit pratiquer régulièrement. Il est donc nécessaire de confier ces interventions complexes entre les mains d’un nombre limité de spécialistes.

Les réalités sont également très différentes selon les pays. Au Maroc, les équipes disposent généralement de moyens plus importants qu’ailleurs en Afrique. Dans certains pays d’Afrique subsaharienne, l’accès limité à l’imagerie et aux équipements techniques rend plus difficile la réalisation d’une chirurgie conservatrice. Les équipes peuvent alors être contraintes de pratiquer des amputations, qui restent elles-mêmes des interventions complexes.

 

 

Comment votre expertise peut-elle s’adapter aux réalités du terrain ?

Lorsque nous enseignons dans des contextes où les moyens sont limités, une question se pose : devons-nous présenter d’abord ce qui devrait idéalement être réalisé ou adapter immédiatement nos recommandations aux ressources disponibles ?

Certaines techniques nécessitent peu de matériel, mais elles demandent toujours des compétences spécifiques. Une imagerie de qualité, notamment l’IRM, reste indispensable pour définir précisément les limites de la tumeur. L’objectif est de retirer la tumeur en une seule pièce, sans la fragmenter, afin de garantir la meilleure qualité d’exérèse possible.

La chirurgie devrait-elle occuper une place plus importante dans le DUCP ?

Oui, cet enseignement pourrait être renforcé. On pourrait parler de la manière de réaliser les biopsies, ou des tumeurs des muscles.

La chirurgie ne se résume pas à un geste technique. Elle implique de poser la bonne indication, de travailler en concertation avec les oncologues et d’anticiper les complications. Sa compréhension est donc essentielle pour l’ensemble de l’équipe soignante, et non uniquement pour les chirurgiens.

👏 Merci au Dr Pierre Mary pour son expertise et son engagement dans la formation des professionnels du DUCP.

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