INTERVIEW DR DIALLO ET DR LADJOUAN

Ils ont quitté Porto-Novo et Conakry pour venir renforcer leurs compétences à Paris.
Pas uniquement pour eux. Mais aussi et surtout pour les enfants qu’ils soignent chaque jour.

 

Au GFAOP, on parle souvent de renforcement des capacités.
Derrière ces mots, il y a des visages. Des parcours. Et parfois des renoncements temporaires à une vie de famille et à son pays.

 

C’est le cas de deux médecins en formation au sein de l’Hôpital Armand-Trousseau (APHP) à Paris, sous la houlette du Pr Arnaud Petit. .

 

Le Dr Ladjouan Mohammed, oncologue pédiatre au CHUD Du Plateau et l’Ouémé à Porto Novo, au Bénin, a passé 6 mois au sein du service d’Hématologie, Immunologie et Oncologie pédiatrique, afin de perfectionner ses connaissances dans la prise en charge des enfants et adolescents atteints de cancer et leucémies. 

 


Le Dr Diallo Issiaga, biologiste au laboratoire d’hématologie du CHU de Donka à Conakry en Guinée, a développé ses compétences dans le diagnostic cytologique des leucémies aigues de l’enfant, durant son stage de 6 mois au sein du laboratoire d’hématologie, dirigée par le Pr Hélène Lapillonne. Accélérer le diagnostic des leucémies est un des axes piliers du projet de coopération CODOMO (Coopération pour la prise en charge de la Douleur et des maladies hémato-Oncologiques en Guinée), soutenu par la DGOS. 

 

Tous deux ont rejoint Paris en novembre 2025 sur un poste de stagiaire associé, dans le cadre du programme des « Résidents Étrangers des Hôpitaux de Paris ».  Ils ont également bénéficié du soutien du GFAOP, de l’association AB CFAO et de l’association des 111 des arts Paris. 

 

Ce projet illustre des réalisations concrètes de coopération internationale portées par le Pr Arnaud Petit, le GFAOP, l’APHP, la DGOS et les soutiens associatifs afin d’accélérer le développement des soins spécialisés en hémato-oncologie pédiatrique au Bénin et en Guinée..

 

Redevenir stagiaire après des années d’expérience

 

Au Bénin, le Dr Ladjouan suit les enfants atteints de cancer, du diagnostic à la chimiothérapie.
À Paris, il redécouvre ses propres gestes.

Ici, les ponctions lombaires et myélogrammes* se font sous analgésie/sédation systématique. La douleur est anticipée. Encadrée. Soulagée. 

« Nous avons les produits au pays. Mais nous ne le faisions pas ainsi. Cela doit changer. » 

 

Il ne parle pas de manque de compétence. Il parle d’évolution. De rigueur. D’un niveau d’exigence qui pousse à se remettre en question. 

 

Autre choc positif : l’annonce du diagnostic.

À l’hôpital Armand Trousseau (APHP), elle se fait en équipe. Oncopédiatres, psychologue, infirmières de coordination. L’annonce est collective, structurée, accompagnée. 

 

Et puis il y a les Réunions de Concertation Pluridisciplinaire. 

Deux par semaine. : une RCP d’oncologie-hématologie avec les biologistes, et une RCP médico-chirurgicale avec les radiologues et les chirurgiens. Un espace où l’on pense ensemble et où chacun contribue à la décision. 

« Il faut que nous arrivions à mettre cela en place. Que chacun ne reste pas dans son coin. »

 

À son retour, il veut structurer ces concertations, intégrer davantage le psychologue et faire évoluer les pratiques.
Même si certaines molécules ne sont pas encore disponibles à Porto-Novo, il sait désormais qu’elles existent et cela change déjà la perspective.

 

Sortir du laboratoire… pour mieux comprendre le patient

À Conakry, le Dr Diallo est l’une des trois médecins biologistes du laboratoire central du CHU de Donka. Médecin biologiste en hématologie, elle doit être polyvalente par manque de ressources humaines.

À l’hôpital Armand Trousseau (APHP), elle découvre une organisation rigoureuse, une rapidité de rendu des résultats et surtout une vraie collaboration clinico-biologique.
Ici, le biologiste participe aux RCP. Il connaît le traitement du patient.
Le clinicien comprend les données biologiques. 

« On avance ensemble. »

Elle mesure aussi l’écart technique : à Conakry, le diagnostic repose principalement sur la cytologie**. À Paris, d’autres examens viennent confirmer et affiner la recherche.

À son retour, elle souhaite renforcer la cytologie spécialisée, développer l’analyse du liquide cérébrospinal, améliorer la collaboration entre services et, à terme, disposer d’un cytomètre de flux. 

 

Au-delà des compétences

 

Ce stage, c’est aussi être loin de ses enfants et de sa famille. Traverser l’hiver parisien. Redevenir stagiaire quand on est déjà praticien confirmé.

 

« Courage et patience », disent-ils.

 

Mais ils savent qu’à leur retour, quelque chose va évoluer.
Un geste mieux encadré.
Un diagnostic plus précis.
Une décision mieux partagée.

Et parfois, cela change tout.

 

Le Dr Ladjouan le rappelle avec émotion :
« Je suis un pur produit GFAOP. Si je suis ici aujourd’hui, c’est grâce au réseau. »

 

Former. Relier. Structurer.
C’est ainsi que le renforcement des capacités devient concret.

 

Pour que chaque enfant, où qu’il soit, bénéficie d’une prise en charge spécialisée en hémato-oncologie pédiatrique, digne et humaine.

 

  • Myélogramme : examen médical qui consiste à analyser la moelle osseuse
  • Cytologie : analyse des cellules présentes dans différentes substances du corps (sang, urine, crachat…) pour rechercher une maladie.
  • Analgésie/sédation : médicaments qui atténuent la douleur ou peuvent induire un sommeil permettant de faciliter la réalisation d’un geste douloureux dans de meilleures conditions pour l’enfant. 

 

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